L'Ayahuasca touristique
Depuis peu, l'ayahuasca est devenu une quasi-attraction touristique. On ne peut aller en Amérique latine sans essayer au moins une fois ce breuvage qui, paraît-il, donne des visions extraordinaires.
Les pseudo-chamans, attirés par l'argent, proposent maintenant des sessions d'ayahuasca à des touristes aux coins de rue des grandes villes.
L'Ayahuasca millénaire
Pour introduire l'ayahuasca dans son véritable et authentique cadre, je reprécise ici certains points souvent mal compris par nous, les Occidentaux :
- Les premières traces archéologiques de rituels d'ayahuasca sont datées entre -50 et -500 avant Jésus-Christ.
- En quechua (langue précédant la conquête espagnole du XVIe siècle), AYA signifie indistinctement "mort" ou "âme" et HUASCA "liane". D'où : "liane des morts" ou "liane des âmes".
- L'animal ayahuasca dans sa partie "ciel" est le colibri. Et dans sa partie "terre", le serpent.
- L'ayahuasca a 3 dimensions indissociables : la plante, le chaman/curandero (le guide), et le rituel (les règles à respecter).
- Dans plusieurs tribus amazoniennes, seul le chaman/curandero prend de l'ayahuasca.
- L'objectif de l'ayahuasca n'est pas les visions, mais la guérison (du corps, de l'âme).
- Une diète avec d'autres plantes se fait généralement avant de prendre l'ayahuasca.
- Les deux règles minimales à respecter avant et après la prise d'ayahuasca, durant une période fixée par le chaman/curandero, sont : pas d'alcool, pas de sexe. Il faut ajouter l'arrêt des antidépresseurs chimiques durant au moins 3 mois avant la prise du breuvage.
- Les accidents sont généralement causés par le non-respect des règles données par le curandero ou l'ajout d'autres substances avec le breuvage pour doper les effets.
Le contexte / l'environnement où pousse l'Ayahuasca
Il faut comprendre le cadre et la personnalité des locaux, là où pousse la plante.
Ces personnes sont très proches de la nature, bien ancrées au sol, et généralement bien reliées à leur corps. Le plus souvent, ils sont dépendants directement de la nature pour s'alimenter. Je pense notamment à ces Péruviens pris en photo à 7h du matin à Pisac, dans la Vallée sacrée, pour nettoyer le maïs récolté la veille.
Nous, Occidentaux, nous allons au supermarché pour nous nourrir. Nous avons perdu ce contact avec la terre. Nous sommes beaucoup plus dans la tête, dans le mental, que dans nos pieds et nos mains. C'est d'ailleurs pour cela que nous recherchons d'abord des visions (en haut) alors que les indigènes visent d'abord le nettoyage du corps par la diète, la purge, le vomissement... (en bas).
D'où l'importance d'être bien ancré au sol, dans son corps, avant de prendre cette plante à l'effet puissant.
La plante Ayahuasca
L'ayahuasca, telle qu'on l'entend, regroupe en fait au moins deux plantes : l'ayahuasca (la liane) d'un côté et la chacruna, ou le yagé, de l'autre. Néanmoins, on garde le nom "ayahuasca". C'est ce qu'on appelle un syncrétisme.
La combinaison des deux plantes provoque les fameux effets de l'ayahuasca
Comment est-ce possible ?
La chacruna, ou le yagé, contient une substance appelée la DMT. Substance encore mystérieuse (voir ICI). Il y a de la DMT dans le cerveau humain et dans les légumes qui poussent au-dessus du sol. C'est la DMT, en fait, qui permet les rêves pendant le sommeil. Un excès de DMT provoque les fameuses visions et hallucinations. On pourrait donc se contenter de l'une de ces deux plantes, alors ? NON ! Car l'estomac, justement, va réguler l'excès de DMT et donc le dissoudre. Comment faire alors ? Voilà où intervient l'ayahuasca. L'ayahuasca est un inhibiteur qui empêche l'estomac d'éliminer l'excès de DMT. C'est de l'ayahuasca que viennent ces envies de vomir. C'est l'effet de l'inhibiteur. La combinaison de la liane d'ayahuasca et de la chacruna ou du yagé donne l'ayahuasca telle qu'on la connaît.
Dans quelles proportions ? En principe, c'est 70 % d'ayahuasca et 30 % de chacruna/yagé. Si c'est 50-50, on considère que la boisson est forte.
Un auteur disait : « L'ayahuasca donne la force, la chacruna donne la lumière (la vision). La combinaison des deux est nécessaire. »
Comment les Amérindiens ont-ils pu découvrir cette combinaison magique des deux plantes alors qu'il y a plus de 80 000 espèces de plantes en Amazonie ? Eh bien, c'est le grand mystère. Faites le calcul : il y a 1 / (80 000 x 80 000) chances d'avoir découvert la combinaison par hasard... Dans son livre "Le Serpent cosmique", Jeremy NARBY met en évidence cette très faible probabilité due au hasard...
Une petite histoire donnée par Joan Parisi Wilcox :
« (...) une histoire shipibo (...) est qu'une femme, dans des temps de légende, avait l'habitude de se baigner avec des feuilles de chacruna. Elle adorait cela et se baignait de très nombreuses fois jusqu'à ce qu'un jour, l'esprit de la plante chacruna lui apparut et lui demanda : "Pourquoi fais-tu usage de moi autant ?" La femme répondit : "Parce que tu me plais beaucoup. Tu me fais me sentir mieux. Tu nettoies mon corps et me fais me sentir très bien." Alors l'esprit de la chacruna lui dit : "Eh bien, puisque je te vois ainsi si pleine de foi en moi, je vais te donner un cadeau. Retourne à ta tribu et dis-leur de me mélanger avec de l'ayahuasca, de nous faire bouillir et de nous boire ; vous pourrez alors voir les esprits." La femme retourna dans son village et raconta l'histoire ; les anciens firent cuire un morceau d'ayahuasca (batch) et de chacruna, et c'est ainsi qu'ils commencèrent à voir les esprits. »
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| Petite feuille : la Chacruna - Grande feuille : le Yagé |
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| L'Ayahuasca - "Liane des morts" en langage quechua |
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