Ma première cérémonie se fait en présence du Padrinho Alfredo, fils du Padrinho Sebastião. C'est une chance car trois jours plus tard, il partira pour l'Europe.
Voici une vidéo tournée à Mapiá avec Padrinho Alfredo qui vous donnera une idée de comment se passe une cérémonie de Santo Daime ici.
Cela se passe le soir dans l'Église du village. Normalement, la cérémonie est prévue à 19h. Mais nous sommes au Brésil... J'ai compris que la notion du temps est différente ici... Généralement, on ouvre la cérémonie avec les prières d'ouverture, avec quelques musiciens présents. Puis, petit à petit, de nouveaux participants arrivent. Ce soir-là, en une heure, on passe de 20 personnes à 60 personnes environ.
Après la prière d'ouverture, chacun va boire son verre de Daime. Il y a une petite table prévue avec deux fardos responsables du service. Il y a aussi toujours plusieurs personnes (les fiscals) qui vérifient que tout se passe bien (un peu les gardiens).
En Europe, les cérémonies de Santo Daime sont généralement assez uniformes. Ici, je découvre qu'il y a de nombreuses formes de cérémonies. Cette cérémonie va être très, très particulière pour moi. Elle devait être basée sur la « Santa Maria ». Elle dévie sur une MESA BRANCA (messe blanche) où des esprits vont « posséder » des personnes. C'est très, très particulier. Il faut le voir pour le croire. En ce qui me concerne, jamais de ma vie je n'avais assisté à cela.
Voici mon compte-rendu, rédigé après la cérémonie :
Il y a environ 80 personnes, dont une forte présence de femmes. La musique est jouée par quelques hommes (guitare). Des adolescents du village sont aussi présents. Durant la cérémonie, après la deuxième prise de Daime suivie d’une session de Santa Maria (dont je parlerai plus en détail plus tard), une chose particulière se passe. Alors que le groupe semble dans une sorte de transe, Clara, une femme d’un certain âge et en surpoids manifeste, prend la parole. J’avais vu cette femme, quasi handicapée, en début de cérémonie, qui avait besoin d’aide pour avancer. Là, je vois une femme qui parle au groupe avec hargne et qui se déplace très facilement autour de la place. Elle semble comme « possédée » par une entité. Je comprends un petit peu le portugais grâce à l’espagnol. Elle harangue les jeunes présents, leur parlant des dérives à éviter. Les personnes présentes semblent comme impassibles, comme si ce phénomène était banal, normal.
Moi, Européen qui vois cela pour la première fois, je suis « scotché ». Durant la cérémonie, je vois des femmes qui deviennent comme « possédées ». Les yeux sont révulsés. Elles font des sons bizarres, des signes étranges. Oui, vraiment possédées par des « entités », bonnes ou mauvaises. Je vois certaines femmes, après avoir parlé au groupe d’une voix forte, s’écrouler par terre, comme inconscientes. Les fiscals se lèvent et s'en occupent.
Vraiment, très impressionnant. Impressionné aussi par l’attitude neutre des Brésiliens présents... Même Padrinho Alfredo restait impassible face à tout ce mouvement autour, se levant quand même une fois pour faire une bénédiction sur le front d’une personne qui s’était écroulée sur sa chaise.
Le spiritisme est normal ici au Brésil alors que cela relève plutôt de l’« exorcisme » en Europe. Lors de mi-parcours de mon DU universitaire, un professeur m'avait dit qu'un député brésilien, après une conférence, lui avait proposé de participer à une soirée spirite qui se déroulait le soir même...
La cérémonie avait commencé vers 8 heures du soir. Elle s’achève vers 4h du matin.
Le lendemain de la cérémonie, j’ai parlé avec mon hôtesse brésilienne (Maria Eugénia) et aussi Roberta (une Belge) ; toutes deux ont connu le Padrinho Sebastião depuis le début. Elles me disent que la Mesa Branca regroupe différentes lignes spirituelles : l’Umbanda (Baixinha – syncrétisme afro-brésilien), le Daime, le spiritisme d’Allan Kardec, l’Emmanuel (infusion christique particulière). La lignée de Mestre Irineu, le fondateur de la doctrine du Daime, ne pratique pas la Mesa Branca.
On m’explique que ce travail spécifique est d’amener de la lumière dans l’obscurité, de ramener les « mauvais esprits » qui le souhaitent dans la lumière. C’est ainsi par exemple qu’une personne médium comme Clara accepte de se faire « posséder » par un mauvais esprit. Puis il est donné à cette entité, via Clara, du Daime pour l’« endoctriner », c’est-à-dire lui donner la lumière, ramener l’esprit mauvais à la lumière.
On m’a dit aussi que durant le processus, des « mauvais esprits » étaient parfois « rebaptisés » avec un nouveau nom, tant leur ancien nom était lourd. Nous sommes ici dans un processus mystérieux du mysticisme d’aide, très difficile à appréhender pour moi avec ma culture occidentale basée sur le concret et le visible.
À Mapiá, il y a une maison toute spéciale appelée CASA SANTA destinée non seulement aux personnes en chair et en os, malades physiquement, mais aussi aux esprits malades qui ont besoin d’aide. Et oui ! Les mondes invisibles sont pleins de surprises ! Maria Eugénia dit que des esprits docteurs descendent aussi des sphères et que ces esprits sont canalisés par des personnes du groupe. Durant la cérémonie, des « espaces » de guérison spécifiques sont aménagés si besoin (couvertures...) et c’est là où se déroulent les soins aux esprits ou aux personnes.
Durant cette cérémonie, des hymnes spécifiques sont chantés, y compris certains reçus par le Padrinho Sebastião et Mestre Irineu. Il y a aussi des prières d’Allan Kardec, médium français et spirite très connu et respecté ici au Brésil.
Padrinho Alfredo, dans l’interview donnée à propos de son père, raconte que Padrinho Sebastião était très malade quand il a rencontré pour la première fois Mestre Irineu. Lors de sa première prise de Daime, il fut « soigné » par des esprits de l’invisible. Après le Daime, il fut guéri.
Le Taita Juan de Colombie m’avait aussi parlé d’une guérison qui s’était déroulée durant une cérémonie de yagé (une femme atteinte d’un cancer qui fut guérie lors de la cérémonie...).
Qu'ai-je appris ce soir ?
- Jung disait que, dans l'inconscient, les forces du bien et les forces du mal se côtoyaient mystérieusement. C'est ce que j'ai vu ici. Des forces invisibles, positives et négatives, cohabitant, jouant ensemble.
- J'ai aussi senti que, dans le travail spirituel, plus les vibrations augmentent, plus c'est subtil, plus le jeu de l'ego est difficile à déceler. Plus il faut faire preuve de vigilance, de clairvoyance, de discrimination. C'est comme si l'illusion pouvait devenir de plus en plus forte et qu'il s'agissait de rester extrêmement vigilant pour ne pas se laisser entraîner par elle...
- J'ai aussi, durant le Daime, interrogé en moi le Padrinho Sebastião sur ce Mystère de la forêt que je pressens, là. Un Mystère inaccessible encore... J'entends une voix intérieure qui me dit : « Ce n'est pas toi qui dois trouver le Mystère ; c'est le Mystère qui viendra à toi ; il te faut travailler l'écoute, l'ouverture, l'accueil de ce Mystère. Alors, peut-être, se dévoilera-t-il à toi... ».
BIENVENUE À MAPIÁ,
BIENVENUE DANS LE MYSTÈRE DE LA FORÊT !
Ceci pour vous préparer pour la suite...
Accrochez vos ceintures !
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